Edition du 16 août 2002
Les dirigeants des sociétés américaines cotées sur les marchés des Etats-Unis ont souscrit en masse aux nouveaux dispositifs réglementaires sur la transparence des comptes que le Sarbanes-Oxley Act leur imposait.
C'est presque fait : les dirigeants et responsables financiers des grandes firmes nationales et étrangères cotées sur les marchés des Etats-Unis sont passés par les fourches caudines de la certification personnelle des comptes de leurs sociétés. A la date butoir du 14 août, 95,5 % des 695 groupes concernés ont obtempéré à cette importante consigne inscrite au Sarbanes-Oxley Act. Les 31 récalcitrants répertoriés par CBS appartiennent majoritairement aux télécommunications, à l'aérien, à l'énergie et aux médias. Les quelque 700 sociétés appelées à cet exercice seront suivies par 247 autres qui ont obtenu un report de la date limite en raison de leur calendrier de publication des comptes financiers. Au total, 947 firmes cotées outre-Atlantique et créditées d'un chiffre d'affaires relevé dans leur dernier exercice supérieur à 1,2 milliard de dollars devront, d'ici à novembre, remplir cette condition. (...)
L'acte de valider sur parole les comptes de sa propre entreprise revêt un caractère largement symbolique : avant le Sarbanes-Oxley Act, les dirigeants des sociétés étaient, bien sûr, pénalement responsables des comptes. Il n'en demeure pas moins que les sociétés ont pris la démarche terriblement au sérieux. En témoigne le fait que, à la veille de l'échéance, seulement 40% des 695 groupes concernés avaient rempli cet engagement. « Le retard dans les déclarations pourrait être attribué à un certain affolement, tant les manipulations comptables ont été énormes dans le passé», déclare Nicolas Veron (1). La crainte de sanctions de justice en cas de non-observation de la nouvelle législation se couple à celle d'une sanction du marché. « La pression a été mise sur les firmes, assure l'expert. Si certaines d'entre elles prendront des retards significatifs, le marché sanctionnera. »
« La responsabilité des dirigeants s'en verra grandement accrue, résument Thomas M. Galvin et Richard A. Carter, responsables de la stratégie d'investissement aux Etats-Unis pour Credit Suisse First Boston. Les investisseurs seront davantage aidés dans leur tentative d'isoler les sociétés bien gérées de celles qui ne le sont pas».
Pour le marché, « la question n'est pas tant de savoir si l'ensemble des patrons a contresigné les comptes financiers, mais plutôt de connaître la liste de ceux qui, pour une raison ou une autre, ne figurent pas dans la liste dressée par la SEC », ajoute Edward Yardeni, stratège chez Prudential Securities. « Cela pourrait bien occuper le marché pendant quelque temps » Autant dire que, si les sociétés en règle ne bénéficieront probablement pas d'un supplément de hausse des cours de Bourse, celles qui ne seront pas parvenues à respecter cette directive s'exposeront à de nouvelles baisses.
Ainsi le premier but du Sarbanes-Oxley Act serait atteint. De l'engagement de la responsabilité personnelle des dirigeants des sociétés il découlerait, d'après Jeffrey M. Applegate et Charles L. Reinhard, chez Lehman Brothers, « un relativement meilleur niveau de retenue », en termes de créativité comptable, « des rapports d'activité accroissant, dès lors, leurs qualité et crédibilité ». (...)
Massimo Prandi
(1) coauteur avec Philippe Crouzet d'une étude sur la bataille des normes comptables, publiée en avril 2002 par "En Temps Réel"
© Les Echos 2002
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